Près de 28 000 hectares de vignes sont candidats au plan d’arrachage financé par l’État en 2026. Le chiffre nourrit l’image d’un vignoble qui se vide, où la valeur des domaines ne pourrait que reculer. Les données de FranceAgriMer et de la Fédération nationale des Safer racontent une histoire plus nuancée, et plus utile pour qui envisage d’acquérir ou de transmettre une propriété viticole.
Combien d’hectares de vignes seront arrachés en 2026 ?
Près de 28 000 hectares de vignes sont candidats à l’arrachage aidé en 2026. C’est la surface (27 926 hectares) pour laquelle des viticulteurs ont manifesté leur intérêt auprès de FranceAgriMer, l’organisme public qui gère le dispositif, selon la page officielle de l’aide à l’arrachage définitif 2026. Parmi eux, 1 392 viticulteurs ont indiqué vouloir arrêter totalement leur activité, sur 10 342 hectares.
L’aide est forfaitaire : 4 000 euros par hectare arraché, dans une enveloppe plafonnée à 112,5 millions d’euros, fixée par la décision du directeur général de FranceAgriMer du 10 juin 2026. Les parcelles doivent être arrachées puis déclarées aux douanes au plus tard le 1er février 2027.
Ce plan prolonge un mouvement déjà engagé. Selon le rapport annuel de la FNSafer publié en mai 2026, les surfaces de vigne cultivées ont reculé de 47 000 hectares en 2025 par rapport à 2024. Les demandes de 2026 se concentrent là où la crise du vin rouge pèse le plus : l’Occitanie représente plus de la moitié des surfaces candidates, devant la Gironde, comme l’a détaillé Vitisphere à partir des chiffres de FranceAgriMer. Chez Blue Side, c’est l’un des signaux que nous suivons de près dans nos analyses du marché viticole.
L’arrachage fait-il baisser le prix des vignes ?
Pas partout, et pas au même rythme. Selon le rapport de la FNSafer sur le marché des vignes en 2025, le prix moyen de l’hectare de vigne AOP (appellation d’origine protégée, le cadre des vins d’appellation) recule de 2,9 %, à 171 400 euros. Cette moyenne est tirée vers le haut par la Champagne : hors Champagne, l’hectare AOP vaut en moyenne 87 400 euros, en baisse de 6,8 %. Les vignes hors appellation perdent 7,7 %, à 12 800 euros l’hectare.
Ces chiffres portent sur des parcelles de vigne échangées, pas sur des domaines. Ils ne mesurent ni le chai, ni les bâtiments, ni la marque, ni les stocks, qui comptent dans la valeur d’une propriété viticole.
Derrière la moyenne, les trajectoires s’opposent. Dans le bassin Bordeaux-Aquitaine, le prix moyen des vignes AOP chute de 23,8 %, et l’hectare en appellation Bordeaux et Côtes de Bordeaux s’établit désormais à 6 500 euros. Le Languedoc-Roussillon reste stable (- 0,2 %, à 14 300 euros l’hectare en moyenne AOP). La Vallée du Rhône-Provence recule de 1 %, à 58 100 euros : la FNSafer y note que la situation des Côtes du Rhône ne s’améliore pas dans le Gard et que plusieurs appellations de rosé de Provence se tassent, tandis que d’autres progressent, comme Cassis (+ 15 %). Dans les transactions que nous accompagnons, les domaines du littoral provençal résistent mieux à cette tendance, grâce à leur rareté foncière et à leur forte dimension patrimoniale. Ce chiffre regroupe d’ailleurs deux marchés très différents : la Vallée du Rhône, majoritairement en rouge et bien plus étendue, et la Provence, dominée par le rosé et portée par une forte attractivité patrimoniale et œnotouristique.
L’arrachage touche d’abord les parcelles qui ne trouvaient plus leur marché. Pour un arrachage partiel, seules les vignes plantées avant le 1er août 2015 sont éligibles, hors chardonnay. Un domaine qui arrache une partie de son vignoble se sépare donc en général de ses vignes les plus anciennes ou les moins bien valorisées, et garde celles qu’il sait vendre.
Une vigne arrachée avec l’aide peut-elle être replantée ?
Non, pas sur la base de cet arrachage. La décision de FranceAgriMer du 10 juin 2026 précise que les parcelles arrachées avec l’aide ne peuvent pas servir à des demandes d’autorisation de replantation. Le viticulteur qui en bénéficie renonce en outre à demander des autorisations de plantation nouvelle pendant les dix campagnes qui suivent.
Le point est peu commenté, et c’est pourtant le plus important pour un acquéreur. En France, toute plantation de vigne doit faire l’objet d’une autorisation préalable. En temps normal, arracher une vigne ouvre droit à une autorisation de replantation, qui permet de reconstituer le vignoble plus tard. Nous présentions ce mécanisme lors de la réforme des autorisations de plantation de 2016.
La conséquence est concrète. Une parcelle arrachée avec la prime redevient une terre nue, sans droit de replantation attaché. Et ce handicap suit la parcelle quand elle change de mains : d’après les dossiers que nous accompagnons, un nouveau propriétaire reste soumis à l’interdiction décennale jusqu’à son terme. Sa valeur se rapproche alors de celle d’une terre agricole plus que de celle d’une vigne. Dans un domaine cédé en 2027 ou 2028, deux parcelles voisines pourront ainsi avoir des valeurs sans commune mesure, selon leur historique.
Qui achète encore des vignes ?
De plus en plus d’acquéreurs venus d’autres secteurs. Selon la FNSafer, les acquéreurs non agricoles (personnes physiques et sociétés) réalisent 43,5 % des acquisitions de vignes en 2025, contre 35,3 % en 2016. Les personnes physiques non agricoles progressent de 8,3 % en nombre sur un an, tandis que les acquisitions des agriculteurs en nom propre atteignent leur plus bas niveau historique.
Le marché lui-même résiste. En 2025, le nombre de transactions de vignes progresse de 4,5 %, et leur valeur totale atteint 1 648 millions d’euros, en hausse de 16,3 %. La FNSafer tempère ce rebond : les quatre transactions les plus importantes représentent à elles seules 24,8 % de ce total.
Les deux bassins du sud les plus concernés par l’arrachage évoluent différemment. En Vallée du Rhône-Provence, le nombre de transactions bondit de 14,9 %. À l’échelle nationale, la valeur des ventes de vignes avec bâtiments progresse de 41,3 %, portée par ce bassin et par la Bourgogne. En Languedoc-Roussillon, à l’inverse, le nombre de transactions recule de 3,4 % en 2025, et de 16,6 % depuis 2021. Les acquéreurs y sont moins nombreux et plus sélectifs, qu’il s’agisse des vignobles du Languedoc ou de ceux de la Vallée du Rhône.
Que vérifier avant d’acheter ou de céder un domaine en 2026 ?
Pour un acquéreur, l’historique de chaque parcelle. Il ne suffit plus de compter les hectares plantés : il faut savoir quelles parcelles ont été arrachées, quand, et sous quel régime. Le casier viticole informatisé (CVI), le registre officiel des parcelles de vigne d’une exploitation, permet de reconstituer cet historique. Une surface présentée comme « replantable » se vérifie, document à l’appui.
Un prix bas ne suffit pas non plus. Des vignes moins chères en Languedoc ou dans le Gard ne font pas à elles seules une bonne acquisition. Ce qui compte reste la capacité du domaine à vendre son vin, la qualité de son foncier et la cohérence de son outil de production.
Pour un cédant, et en particulier un propriétaire qui approche de la retraite, l’arrachage total est désormais une option financée et encadrée. Elle mérite d’être comparée, chiffres en main, avec une cession de l’exploitation en production ou avec une transmission préparée, à la famille ou à un repreneur. La première solde une activité. Les deux autres préservent la valeur du vignoble et la possibilité de le replanter. Nous détaillons ces choix dans notre page consacrée à la transmission d’un domaine viticole.
Un vignoble qui se resserre
Le plan d’arrachage de 2026 dit une vérité inconfortable : une partie du vignoble français n’a plus de débouchés. Il ne dit pas que la vigne a perdu sa valeur. Le marché continue d’attirer des acquéreurs, mais il distingue plus que jamais un vignoble qui vend son vin d’une surface qui n’a plus que son histoire.
Ce qui reste planté vaudra par ce qu’il produit, et par le droit de continuer à le produire.
Chez Blue Side, nous lisons un domaine parcelle par parcelle, historique compris, pour que chaque acquisition et chaque cession repose sur une juste mesure de sa valeur. Pour en parler, découvrez notre accompagnement.
Questions fréquentes
Quel est le montant de l’aide à l’arrachage des vignes en 2026 ?
L’aide est forfaitaire : 4 000 euros par hectare de vigne arraché, dans une enveloppe nationale plafonnée à 112,5 millions d’euros. L’arrachage doit être déclaré aux douanes au plus tard le 1er février 2027.
Peut-on replanter une vigne arrachée avec l’aide de 2026 ?
Non. Les parcelles arrachées dans ce cadre ne donnent pas droit à une autorisation de replantation. Le viticulteur aidé renonce en outre à demander des autorisations de plantation nouvelle pendant les dix campagnes suivantes. D’après les dossiers que nous accompagnons, cette restriction suit la parcelle : un acquéreur y reste soumis jusqu’à son terme.
Le prix des vignes baisse-t-il en Languedoc ?
Pas en 2025. Selon la FNSafer, le prix moyen de l’hectare de vigne AOP en Languedoc-Roussillon est stable (- 0,2 %), à 14 300 euros, même si le nombre de transactions y recule de 3,4 %. Ces moyennes portent sur des parcelles de vigne, pas sur des domaines complets.
Sources
- FranceAgriMer, Aide nationale à l’arrachage définitif de vignes 2026, page publiée le 7 juillet 2026
- FranceAgriMer, Décision du directeur général n° INTV-GPASV-2026-47, 10 juin 2026
- FranceAgriMer, Le dispositif d’arrachage définitif de vignes est lancé, 16 juin 2026
- FranceAgriMer, Autorisation de plantation de vigne, page mise à jour en juillet 2026
- Groupe Safer, Le prix des terres 2025 : le marché des vignes, mai 2026
- Vitisphere, La France va arracher 4 % de son vignoble en 2026, 23 mars 2026